Paris Normandie: Vincent Taillieu, de la finance au Front National

Chef d’entreprise et ancien trader à la Société générale, Vincent Taillieu, conseiller municipal aux Andelys, portera les couleurs du Front national dans la 5e circonscription de l’Eure.

D’allure austère en conseil municipal, Vincent Taillieu dégage une tout autre impression lorsqu’il sort de son rôle d’opposant politique aux Andelys. Humeur badine, un sourire se dessine même sur son visage. Peu connu dans la 5e circonscription de l’Eure, le chef d’entreprise portera les couleurs du Front national (FN) lors des élections législatives des 11 et 18 juin.

Le quadragénaire pourra s’appuyer sur le solide travail de fond effectué depuis une dizaine d’années par Christophe Delacour, son suppléant. Car Vincent Taillieu parcourt depuis quatre ans seulement ces terres euroises. « Étant depuis longtemps passionné par le débat public, j’ai souhaité m’engager concrètement en politique. Et quoi de mieux comme ancrage que de retourner sur les terres paternelles, explique Vincent Taillieu. Mon père est né dans une ferme à Heubécourt-Haricourt où sa famille est arrivée pendant la guerre de 1914. Je me souviens encore de ces vacances passées dans les bottes de paille… » Le décor est planté.

Racines ancrées dans la campagne euroise, le chef d’entreprise installé dans le Val d’Oise contacte alors Christophe Delacour, responsable de la section andelysienne du Front national, à l’été 2013. Les élections municipales se profilent à l’horizon. « Je n’avais aucun objectif en tête, assure pourtant Vincent Taillieu. Je voulais simplement prendre contact. » L’homme s’avoue alors très surpris et touché par « ces gens avec le cœur sur la main, d’horizon divers ».

Témoin dans le procès Kerviel

Quelques semaines après leur rencontre, Christophe Delacour lui propose d’être numéro 3 sur la liste qu’il conduira aux municipales des Andelys. C’est à ce moment-là qu’il choisit d’utiliser son second prénom (il s’appelle Benoît dans la vie courante, Ndlr) « pour, tout simplement, cloisonner ma vie professionnelle et mon engagement ».

La politique apparaît alors comme un nouveau terrain de jeu pour Vincent Taillieu. D’après son propre aveu, ce père de cinq enfants se lasse, en effet, assez vite et a constamment besoin de nouveaux défis. La politique lui apporterait-elle aujourd’hui l’adrénaline longtemps ressentie dans les salles de marché financier ?

Car avant de créer sa petite entreprise spécialisée dans la rénovation intérieure en 2006, Vincent Taillieu a été trader à la Société générale pendant sept ans. Le temps, notamment, de créer le desk Delta One où a été employé un certain… Jérôme Kerviel. Le candidat du FN a même témoigné à son procès en octobre 2011 pour expliquer que « la hiérarchie directe ne pouvait pas ignorer totalement les activités de Jérôme Kerviel ».

Pour Vincent Taillieu, ce passage par le monde de la finance, tant décrié par son parti, n’est pas incompatible avec son engagement. « Au contraire, cela m’a permis de découvrir l’envers du décor. Les connaissances acquises me permettront de défendre encore mieux nos idées. » Il en a d’ailleurs fait la démonstration lors du débat d’orientations budgétaires des Andelys, où sa maîtrise du sujet a impressionné. « Je n’ai pas honte de dire que le monde de la finance me fascinait. Je voulais gagner de l’argent et faire carrière. C’était un métier comme un autre. »

Seulement voilà, Vincent Taillieu, « enfermé avec toujours les mêmes personnes, à poursuivre les mêmes projets », s’ennuie. « Faire partie d’un monde où on arrive chaque matin avec son petit badge et son attaché-case, cela devient vite lassant. J’ai eu l’impression de passer à côté de la vie. » L’authenticité du territoire rural de la 5e circonscription de l’Eure doit effectivement changer du monde aseptisé de la Défense…

Après avoir été candidat aux élections départementales en 2015, Vincent Taillieu franchit donc un nouveau palier et se lance « dans l’inconnu. Je ne fais pas de politique pour faire carrière. Seul compte l’engagement. Depuis quarante ans, les gouvernements successifs nous ont conduits dans le mur. Nous pouvons porter une autre voix. »

S’il est élu, cet amateur de Michel Onfray l’assure : il ne sera pas là pour couper des rubans et déposer des gerbes de fleurs. « La politique n’est pas un métier mais bien une mission. Je m’y consacrerai pleinement pour faire enfin avancer les choses concrètement. Et ce pendant cinq ans, ni plus, ni moins. »

Source: http://www.paris-normandie.fr

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